La bulle de l’IA

le vrai prix arrive

Depuis deux ans, l’intelligence artificielle générative s’est imposée comme l’outil incontournable des entreprises, des créatifs et même du grand public. Pour quelques dizaines ou centaines d’euros par mois, nous accédons à une puissance de calcul qui semblait impensable il y a encore peu. Mais derrière cette accessibilité se cache une réalité brutale : tout cela repose sur une subvention colossale des fonds de capital-risque.

Aux États-Unis, certains experts parlent déjà de la plus grande subvention technologique de l’histoire. Et le message est clair : cette bulle va éclater.

Des abonnements artificiellement bon marché

Prenons un exemple simple. Votre abonnement ChatGPT à 20 dollars par mois. En réalité, chaque utilisateur coûte environ 180 dollars à l’entreprise. Autrement dit, vous payez 10 % du prix réel. Les 90 % restants sont couverts par des investisseurs. Même la formule Pro à 200 dollars par mois est déficitaire, ce qu’a reconnu publiquement Sam Altman, PDG d’OpenAI.

Cette illusion repose sur un modèle intenable. OpenAI a perdu 5 milliards de dollars en 2024 pour seulement 3,7 milliards de revenus. Anthropic a fait pire encore : 5,6 milliards de pertes pour moins d’un milliard de revenus, soit plus de 6 dollars perdus pour chaque dollar gagné. Quant à xAI, la société d’Elon Musk, elle devrait perdre 13 milliards en 2025 pour seulement 500 millions de revenus.

Dans le même temps, Google prévoit d’investir 75 milliards cette année dans Gemini. Partout, les chiffres montrent que l’argent brûle à un rythme effréné. Certaines entreprises perdent littéralement un milliard de dollars par mois.

L’infrastructure derrière le mirage

La réalité matérielle est tout aussi impressionnante. Une carte NVIDIA H100, indispensable pour faire tourner les modèles les plus puissants, coûte entre 25 000 et 30 000 dollars. OpenAI en aurait déployé plus d’un million, soit 30 milliards rien qu’en matériel.

Chaque jour, le fonctionnement de ChatGPT représenterait environ 700 000 dollars de dépenses en infrastructure. Et ces centres de données consomment une énergie démesurée : un seul data center IA peut utiliser autant d’électricité qu’une ville de 900 000 foyers. Dans certaines régions, la facture énergétique a déjà augmenté de 20 % en partie à cause de cette demande.

Pourquoi cela ne peut pas durer

Les investisseurs ont déjà englouti plus de 100 milliards pour maintenir ce système sous perfusion. Mais l’argent n’est pas infini. Les limites physiques – notamment en électricité – se rapprochent. Et surtout, les modèles économiques sont irrémédiablement cassés.

On ne comble pas un déficit de 90 % simplement en optimisant les modèles. Quand une entreprise perd de l’argent sur chaque utilisateur, l’échelle ne résout rien : elle amplifie les pertes.

Les projections les plus sérieuses annoncent une correction violente dans les 18 à 24 mois. Les forfaits illimités disparaîtront. Les prix des API et des abonnements pourraient être multipliés par dix. Là où vous payez aujourd’hui 200 euros, vous pourriez demain devoir débourser 2 000. Beaucoup d’acteurs disparaîtront, seuls deux ou trois survivront.

Et nous, en Europe, en France, en Afrique ?

C’est ici que le problème prend une tournure géopolitique. En Europe et en Afrique, nous consommons ces technologies sans maîtriser ni leur prix, ni leur infrastructure. Le jour où les subventions cesseront, nous serons les premiers à être exclus.

Nos startups, nos PME, nos administrations ne pourront pas absorber une multiplication des prix par cinq ou dix. Contrairement aux géants américains, nous ne disposons pas de fonds souverains capables de subventionner massivement ces coûts. Cela risque de créer une fracture numérique encore plus profonde : un accès réservé aux plus riches, une dépendance accrue à des entreprises étrangères, et une perte de souveraineté technologique.

La seule issue : l’open source et l’indépendance

Face à ce scénario, une évidence s’impose : nous devons agir dès maintenant. L’IA open source représente notre meilleure arme.

Avec l’open source, pas de prix artificiellement compressés ni de dépendance à deux ou trois multinationales. Les coûts sont transparents et durables. Les modèles peuvent être adaptés à nos langues, à nos besoins, à nos réalités locales. Et surtout, personne ne peut décider du jour au lendemain de multiplier les prix par dix.

C’est l’assurance de garder la main sur notre avenir numérique.

Agir aujourd’hui, pas demain

Nous vivons en ce moment la période la moins chère que l’IA ne connaîtra jamais. C’est une parenthèse artificielle. Quand elle se refermera, la facture sera brutale.

Il est urgent pour l’Europe, pour la France, pour l’Afrique, de prendre les devants :

  • Développer et financer des infrastructures locales.

  • Soutenir activement les projets open source.

  • Former nos communautés et nos entreprises à maîtriser ces outils.

Car l’IA n’est pas destinée à devenir un luxe inaccessible. Elle doit rester un bien commun, accessible à tous, et au service de chacun.