Werner Linn, né en 1952 en Allemagne, arrivé en France en 1998. Vit à Vernet-les-Bains, Pyrénées-Orientales, France.
Werner : « J’ai senti une énergie merveilleuse et j’ai dit “ici je veux vivre” »
D’origine allemande, Werner a aujourd’hui soixante-treize ans ans et vit tel un ermite à Vernet-les-Bains. Son parcours est marqué par une quête de liberté et un profond rejet des normes imposées par la société. Né en 1952 dans un petit village rural de 360 habitants en Allemagne, il passe une enfance heureuse jusqu’à ce qu’il soit obligé d’aller à l’école à l’âge de sept ans : « C’était une horreur, c’était fini la liberté ! ». Tout au long de sa jeunesse, Werner se plie aux exigences de l’école et de ses parents en essayant de faire ce qui est attendu de lui.
À seize ans, alors qu’il rêve de devenir menuisier, il intègre une banque sous la pression de son père. Cette orientation ne lui convient pas, Werner a l’impression d’étouffer et il sombre rapidement dans l’alcool : « J’ai bu chaque week-end, jusqu’à perdre la connaissance ». Un grave accident de moto à dix-sept ans le plonge dans le coma pendant trois semaines. Malgré cet événement, Werner continue de boire et enchaîne les petits boulots. Un deuxième accident de la route, dix ans plus tard, le force à une nouvelle hospitalisation. Il y voit alors un « signe » lui suggérant de réduire sa consommation mais n’en a au fond pas très envie : « Je pouvais pas parce que en Allemagne, la bière est très bonne et moi je suis gourmand (rires) ». Peu après cet accident, alors qu’il se promène en fauteuil roulant autour de la clinique, il rencontre Brudy – une femme qui « fume comme une voiture » – dont il tombe immédiatement amoureux.
Après treize ans de vie commune avec Brudy, l’idée de changer radicalement de vie mûrit en lui : « Je voulais arrêter alcool, cigarette, café, tout … Mais en Allemagne, je pouvais pas ». Inspiré par un livre sur le bonheur, il prend une décision radicale : quitter son pays pour « se libérer ». Le 2 juin 1998, à quarante-six ans, il enfourche son vélo et quitte l’Allemagne. Il traverse la Suisse, franchit les Alpes et voyage pendant trois mois à travers la France, dormant à la belle étoile et se laissant guider par sa « voix intérieure ». Après 7000 kilomètres d’errance, il atteint Prades, puis Vernet-les-Bains dont il souligne : « J’ai senti une énergie merveilleuse et j’ai dit “ici je veux vivre” ».
Ne parlant pas un mot de français à son arrivée, il apprend la langue en autodidacte, grâce à un dictionnaire acheté sur la route. Il survit en mendiant, en faisant de petits travaux de jardinage pour des particuliers et les saisons agricoles. Pendant plusieurs années, il vit en pleine nature, notamment dans une cabane isolée qu’il a construite avec des palettes et de la paille. Les hivers sont rudes et le froid glacial : « Quand tu survis, tu as plus peur ». En 2015, un incendie détruit sa cabane. Le patron qui l’emploie comme saisonnier le reloge dans un studio à Vernet-les-Bains : « J’étais comme un roi ! ». Ce dernier devient son ami et l’aide pour certains papiers. Aujourd’hui, Werner ne se considère ni allemand ni français : « Je suis international ». Pour lui : « la liberté commence en toi-même. Si tu es dans le bonheur, tu es libre […] maintenant je suis presque toujours dans le bonheur et c’est le meilleur cadeau de la vie ».
